Epilogue

Où un lifting vous redonne une nouvelle jeunesse et confiance en l’avenir...

Rhéa venait d’ouvrir le magazine dont elle caressait la couverture glacée : son petit-fils faisait la Une. Hermès avait réussi  à s’immiscer à un poste-clef du ministère. C’est qu’il savait manier la promotion-canapé avec le doigté que leur conféraient à tous de fréquentes galipettes champêtres ! Il était bien en vue, sur le pont ivoire d’un yacht croisant vers Naxos. Quelle triomphe pour celui qui n’était qu’un paria il y a quelques mois à peine ! Elle jeta un coup d’œil à Chronos. Il n’avait pas changé, il regardait obstinément les collines où il allait bientôt disparaître par quelque sentier connu de lui seul. Un des compromis pour leur survie. Elle se replongea avec délices dans sa lecture, admirant avec orgueil la délicate french manucure qui ornait ses orteils. Des pieds grecs bien sûr ; égyptiens, c’était tellement commun. Surtout en ce moment, quand tout ce qui touchait à la culture hellénistique se transformait en or. Un vrai Pactole. Même les plus ringards, les plus déchaînés d’entre eux faisaient la une de Détective.

Elle regarda déambuler ce parvenu d’Epiméthée et son ondulante femme, Pandore la trop bien nommée, qui jacassaient parmi tous ces corps dorés, liposucés, et ces visages d’adorateurs serviles liftés de frais. Des frimeurs. Elle se réinstalla confortablement : qu’importait ? Leur survie était assurée. Si ce fat et sa poseuse n’avait que trois grammes de cervelle, elle savait que Hermès malgré son sourire de requin avait vite appris les ficelles des comptes d’Helvétie ou des îles lointaines aux noms étranges, Caïmans, Bermudes, Sint-Maarten (quel nom barbare ! quelle idiome rustique !). A défaut d’avoir une immortalité bien éphémère, ils avaient de quoi acheter un avenir.

Chronos avait gravi la montagne d’où il pouvait admirer le berceau de leur second empire : une vaste entreprise où les hommes goûtaient la fugace impression d’appartenir à la gens très fermée des dieux grecs. Il en riait souvent dans sa barbe même si, par moments, il avait la nostalgie de ces matins qui embaumaient l’olivier et la lavande et où seul le babil des oiseaux le distrayait. Tout ce clinquant le fatiguait et il venait, ici, dans ces collines préservées par une montagne de devises retrouver la saveur du paradis, le luxe de l’ennui.

FIN